Décembre 2013 

 


n°5

Edito

Par Hervé Lapie, Président

L’Agence Française pour la Biodiversité

Annoncé par le président de la République dans le cadre de la conférence environnementale en septembre 2012, le projet de loi cadre pour la biodiversité est en cours d’élaboration avec pour principal objet, la création d’un agence de la biodiversité.

Si les missions et les moyens de cette agence ne semblent par encore bien connus, il semble acquis que cette agence va reprendre les missions assurées actuellement par l’ONEMA (Police de l’eau). L’action de la police et de contrôle de cette agence risque une nouvelle fois si les objectifs ne sont pas clairs de tendre les relations sur le terrain.

La manière de faire devra être pragmatique et l’agence devra pouvoir s’appuyer sur l’action des acteurs du territoire en l’occurrence l’association Symbiose, comme nous le faisons en participant aux réunions du futur SRCE (Schéma Régional de Cohérence Ecologique) et la définition des réservoirs de biodiversité et des futures Trames Vertes et Bleues.

Si la biodiversité a régressé en milieux agricoles, il est possible et Symbiose le prouve, d’inverser cette tendance et de faire des agriculteurs et de leurs organisations des acteurs de cette ambition de « reconquête » de la biodiversité.

Concrètement, à l’image de l’association, il est préférable d’envisager des partenariats efficaces et à bénéfices mutuels dans les domaines de l’observation, de la formation, de la communication de l’expérimentation et du conseil techniques auprès des agriculteurs et viticulteurs. L’objet de l’association rejoint la création de l’agence de la biodiversité sans oublier que notre action reste basée sur le volontariat et non sur un rôle de police.

Actualité de l’association

Symbiose s’engage dans la Charte de Biodiversité en Champagne Ardenne

A l’occasion de sa présence à la Foire de Chalons en Champagne, l’association « Symbiose, pour des paysages de biodiversité » a symbolisé son engagement régional en faveur de la biodiversité en signant le pacte d’engagement de la Charte de Biodiversité impulsée par la Région Champagne Ardenne.

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Symbiose sensibilise les étudiants à la biodiversité

L’association Symbiose est intervenue dans le cadre de deux demi-journées de sensibilisation à l’attention d’élèves du lycée agricole de Rethel. Agir auprès des élèves et étudiants de l’enseignement agricole est une action clef que l’association aimerait amplifier dans les années avenir.

Présenter, la notion de biodiversité n’est pas une mince affaire, qui plus est auprès d’adolescents qui ne sont pas par essence réceptifs à ce type de thématiques. Pour autant, la richesse des échanges et des interrogations formulées montrent qu’à minima ce type de sujet engendre des questionnements et c’est bien là l’essentiel.

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Réunion terrain à Livry-Louvercy sur la thématique de la gestion des bords de chemin

L’association Symbiose a organisé une réunion d’information sur la thématique de la gestion des bords de chemin à Livry-Louvercy le 29 octobre. Cette réunion a permis de faire connaitre l’association auprès des agriculteurs de la commune et des adhérents des GEDA de la Noblette et de la Suippe. Jérémy Miroir est intervenu pour présenter les résultats d’une expérimentation menée avec les coopératives sur le non broyage des bords de chemin agricole.

Cette réunion s’est terminée par une visite sur le terrain de préconisation de gestion pour favoriser le développement de la biodiversité.

Un regard croisé pour mieux comprendre le fonctionnement de la biodiversité

Afin d’appréhender les effets des actions mises en œuvres dans le cadre du programme Symbiose (ajustements de pratiques, aménagements et implantations) tout en contribuant à l’amélioration de la connaissance de la flore et de la faune du territoire d’étude, un suivi d’indicateurs préalablement identifiés a été lancé le printemps dernier. Ce suivi mobilise l’expertise d’organismes partenaires dans le cadre de leurs domaines de compétences.

Les relevés et suivis réalisés cette année constituent un « état zéro » ou diagnostic initial, élément préalable à tout protocole de suivi inscrit dans la durée. Ces observations seront réitérées durant quatre années afin d’effectuer un comparatif des tendances annuelles.

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Réunions d’échanges et de sensibilisation locales

L’Association persévère dans son action de sensibilisation des acteurs locaux du monde rural. Ainsi ce ne sont pas moins de trois réunions qui ont eu lieu de 14 h à 17 h au sein des communes du territoire : le Mardi 26 novembre 2013 à Prunay, le jeudi 28 novembre 2013 à Baconnes et enfin le mardi 3 décembre 2013 à Villers-Marmery.

Le seul bémol de ce type de réunion c’est l’inadéquation d’une programmation essentielle à la préparation et à l’envoi des invitations et le calendrier des activités agricoles des exploitants qui est callé, quasiment au jour le jour, sur la météorologie et les impératifs culturaux. Sur ce point nous n’avons pas manqué de malchance !

Malgré tout, même si les salles n’étaient pas combles, ces réunions ont permis de rencontrer et de sensibiliser des exploitants intéressés à l’origine de riches échanges et parfois questionnements. Outre un ajustement de la stratégie de communication dans le cadre des réunions d’échanges et de sensibilisation, ces temps d’échanges ont permis de mettre en relation des acteurs locaux motivés qui constituent autant de relais stratégiques à la diffusion des préconisations identifiées dans le cadre du programme Symbiose.

La biodiversité en Champagne-Ardenne

Une rubrique pour mieux comprendre et connaître la biodiversité de notre territoire.

Au détours des chemins... (Partie n°2)

Nous savons souvent bien peu de choses sur le monde qui nous entoure. Cela est d’autant plus vrai dans nos campagnes dans l’entrelacs de la végétation bien à l’abri de nos regards profanes. A l’instar de la savane africaine, les marges de parcelles, bords de chemins et autres talus qui jalonnent nos territoires hébergent de nombreux prédateurs qui, pour la grande majorité d’entre eux, sont de réels alliés du monde agricole… Allons à leur découverte ! 

Les diptères (mouches et autres moucherons) sont, en apparence, peu diversifiés dans la plaine, mais la réalité est trompeuse : la majorité des individus se dissimule dans la végétation dès que le vent se lève ou que la température ambiante se rafraîchit. Seul l’observateur attentif peut appréhender la diversité des espèces établies au sein des parcellaires agricoles. Utiles ou nuisibles ces espèces sont avant tout des éléments de biodiversité caractéristiques des agroécosystèmes. Les larves comme les adultes peuvent être à la fois des prédateurs mais aussi des proies pour de nombreuses espèces, ils jouent ainsi un rôle essentiel au sein des chaines alimentaires qui résident dans nos plaines. 
Parmi ces espèces, certaines se démarquent par leurs caractéristiques singulières et leur intérêt vis-à-vis de la régulation des insectes déprédateurs des cultures. Les Micropézides en font partie. Ces minuscules mouches passent inaperçues, et pour cause, elles ne mesurent souvent que quelques millimètres. Elles sont caractérisées notamment par la forme aplatie de leur tête et sont connues sous le nom de « mouches à échasses ». Lorsque qu’elles sont posées sur la végétation, leurs déplacements donnent l’impression d’une danse rythmée pas le pas hésitant de leurs longues pattes et l’agitation saccadée de leurs ailes. Mais il ne faut pas s’y méprendre, derrière cet aspect maladroit, se cache une stupéfiante agilité au vol et une grande efficacité dans la capture des proies. Insatiable, est aussi une de leurs caractéristiques, il suffit de les observer harceler une colonie de pucerons pour s’en convaincre.

Ci-dessus, de gauche à droite, Micropeza brevipennis (femelle) se distingue de toutes les autres espèces du genre par son corps uniformément noir et ses ailes courtes. Micropeza lateralis (mâle) est caractérisé par sa tête rousse en arrière et son abdomen plus largement coloré de jaune.

Dignes d’un film d’horreur, le mode de vie et surtout l’aspect général des Tachinaires sont tout aussi singulier. Ce groupe, dont les espèces à l’instar de la majorité des Diptères sont très complexes à déterminer, présente un réel intérêt dans le cadre de la régulation naturelle des organismes indésirables au sein des parcellaires agricoles. Les Tachinaires ou « mouches des chenilles » sont des mouches de teintes sombres et d’aspect peu avenant (bien que cela soit subjectif) qui sont caractérisées par leur développement larvaire au sein d’autres organismes (on parle d’endoparasitisme). En effet, les larves de Tachinaires sont des parasites internes des insectes et particulièrement des chenilles comme celles des Noctuelles ou de l’Eudemys (connue par les viticulteurs sous le nom de Tordeuse ou Ver de la grappe) dont la prolifération peut être préjudiciable aux cultures et plantations…. A suivre

Ci-dessus, de gauche à droite, La zophomie ivre (Exorista rustica) et la Nowickie féroce (Nowickia ferox) sont deux espèces de tachinaires observées sur le territoire d’étude symbiose

Le saviez-vous ?

Le paysage automnal se caractérise, notamment, par le camaïeu de couleurs dont se parent les arbres et les arbustes. On peut s’interroger sur l’origine de cette explosion de couleurs aux nuances multiples passant des jaunes aux oranges puis aux bruns ou au rouge écarlate. Sauf exceptions, du printemps à l’automne le feuillage des ligneux est de teinte verte. En pleine croissance, le feuillage des arbres et des arbustes, à l’instar de celui de la grande majorité des végétaux, héberge une grande concentration de pigments verts que l’on nomme chlorophylle. Bien loin de la légendaire chlorophylle des chewing-gums, cette substance naturelle en se combinant avec la lumière et le carbone de l’air permet la synthèse de sucres essentiels à la croissance globale de la plante. C’est au cours de ce processus naturel que les plantes libèrent de l’oxygène, élément essentiel à la vie sur notre planète. Avec l’arrivée de l’hiver les températures baissent progressivement en parallèle de la durée d’ensoleillement. Cette évolution induit une diminution de la photosynthèse et par conséquent de la croissance des végétaux. C’est à cette époque que la chlorophylle fait l’objet de processus de dégradations qui entrainent la mise en lumière d’autres pigments naturels et particulièrement les xanthophylles et les caroténoïdes, parant les feuilles des ligneux de nuances variant du jaune au brun. Les nuances rouges sont quant à elles issues d’autres pigments naturels, les anthocyanes. L’étape suivante est la chute des feuilles, mais cela est une autre histoire !

Ci-dessus, de gauche à droite, la Viorne lantane (Viburnum lantana) et l’Erable plane (Acer platanoides ), parés de feuillages aux colorations typiques de l’automne. La Viorne lantane (Viburnum lantana) présente des feuilles qui virent du rouge au violet sur sol limono-crayeux. Cela est en grande partie dû aux variations de couleur des anthocyanes en fonction du pH du sol 

Photos : J. Miroir

La parole aux membres de l’association

L’actualité des organismes membres de Symbiose

Les Busards cendrés

Un héritage menacé, un patrimoine à protéger.

Les Busards cendrés sont emblématiques des plaines agricoles de Champagne-Ardenne.
5000 couples nichent en France dont 300 en Champagne-Ardenne. La France accueille ainsi 50 % de la population mondiale de cette espèce (exceptée la Russie). C’est dire l’importance de la protection dans notre pays pour la survie de cette espèce.
Suite à la disparition de leurs habitats d’origine, ils nichent dans les cultures céréalières ou les prairies de fauche, à même le sol.  Ce migrateur Subsaharien  est une espèce semi-coloniale (on peut trouver plusieurs nids dans une même parcelle).
Volant inlassablement à faible altitude au-dessus des champs, ils sont très faciles à observer. Les mâles sont blanc-gris avec le bout des ailes noires. Les femelles sont brunes avec une tâche blanche caractéristique sur le croupion. Il peut être confondu avec son « cousin » le Busard Saint-Martin qui est présent toutes l’année dans les plaines de notre région.
Le choix de l’emplacement du nid est principalement déterminé par la hauteur de végétation. En effet, les Busards cendrés ont tendance à choisir des hauteurs de végétation importantes afin de protéger leurs œufs et poussins contre la prédation aérienne et le risque d'insolation. En zone agricole, le Busard cendré niche principalement dans les céréales.

La femelle pendant la couvaison et pendant une bonne partie de l'élevage des jeunes reste au nid. C'est le mâle qui chasse et qui apporte les proies. L'échange de proie, toujours très spectaculaire, se passe dans les airs et à proximité du nid. C'est le moyen le plus sûr d'être certain de la présence d'un nid dans les parages.
Le campagnol des champs est la principale proie du busard cendré, ce qui en fait un auxiliaire précieux de l’agriculture. Les sauterelles vertes, abondantes l’été, sont aussi souvent consommées. En Afrique, le busard cendré est un précieux allié de la lutte contre les criquets dévastateurs des cultures.

La mortalité naturelle est très importante. Environ 50 % des jeunes ne voient pas le printemps suivant. A cette mortalité naturelle, il faut ajouter la mortalité due aux pratiques agricoles. Des centaines de poussins incapables de voler le jour des récoltes, sont happés par les moissonneuses. Heureusement, depuis 30 ans, des passionnés et des agriculteurs s’investissent pour sauvegarder les dernières populations. 

Pour sauvegarder les nichées, ils posent autour du nid une cage grillagée à ciel ouvert et laissent quelques mètres carrés de céréales lors de la moisson. Cette cage n’empêchent nullement les adultes de nourrir les jeunes et a un double avantage : elle limite la prédation sur les jeunes et empêche les jeunes non volants, effrayés par l’approche de la moissonneuse de s’enfuir dans les céréales où il devient quasi impossible de les retrouver. Ils seraient alors broyés par la machine.

De mai à juillet, des bénévoles repèrent les nids, contactent les exploitants, protègent les nichées.
Sans intervention, ils disparaissent.
Partout en France, des agriculteurs s’investissent dans la protection des nichées :
- Ils autorisent les bénévoles à pénétrer dans leurs cultures.
- Ils avertissent les bénévoles des dates de fauche ou de moissons.
- Ils alertent lors de la découverte d’un nid
- Ils contribuent à la pose de protections grillagées
- Ils préservent un périmètre de quelques m² autour du nid.
Vous aussi, participez à la protection de ces oiseaux. Ensemble nous pouvons les sauver ! Un geste, un appel téléphonique, une nichée sauvée…

Contact : LPO Champagne Ardenne, champagne-ardenne@lpo.fr ou 03 26 72 54 47

Photos : Busards en vol : A. Balthazard ; Nids protégés : J-L. Bourrioux

A vos agendas...

Janvier 2014 :

  • Réunion producteurs de luzerne et apiculteurs

Le projet "Symbiose, pour des paysages de biodiversité" bénéficie du soutien financier FEADER (Cofinancement Europe - Région Champagne Ardenne)