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n°18

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Edito

Par Philippe Lecompte, Vice-président de Symbiose et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles

 

Pertinence et innovation !

Symbiose s’affirme comme un lieu d’échange et d’accueil des initiatives en matière d’agronomie et de biodiversité !
C’est encore ce que nous vivons avec l’arrivée de « sol agronomie et innovation » comme adhérant de symbiose.
Derrière cette adhésion, il y a une volonté de partage d’expérience de duplication des méthodes expérimentées par des groupes volontaires.
Parmi les champs explorés, il y a les cultures sous couverts de plantes mellifères et pollinifères qui s’expriment soit en automne (légumineuses gélives), soit après moissons (trèfles blancs).
Ces nouveaux itinéraires culturaux sont un axe de travail et de recherche novateur extrêmement intéressant pour les pollinisateurs, dont les abeilles domestiques constituent 50 % de la faune pollinisatrice. En effet les carences alimentaires pour les pollinisateurs sont une des principales causes de leur déclin. Ainsi pourrions-nous trouver dans une pratique agricole modifiée (dans la même logique que la gestion différenciée des luzernes par des bandes laissées en fleurs) une solution complémentaire à celle déjà expérimentée et développée comme celle de la « Jachère apicole ».
Jachères apicoles, bande de luzernes en fleurs, demain légumineuses sous couverts, signent l’alliance entre apiculture et agriculture, deux activités l’imbriquées l’une dans l’autre.
Symbiose lieu de partage et d’expérimentation est bien le creuset d’une nouvelle agriculture intégrant des problématiques plus vastes comme celles du devenir des pollinisateurs.
Loin des lieux communs véhiculés par des médias voire des praticiens de « l’agitprop » en désir de division des groupes sociaux, ce sont bien, là aussi des logiques d’intérêt convergents qui se mettent en place grâce à des personnes impliquées et visionnaires.

Longue vie à ces initiatives.

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Projet Trame Verte à Tilloy-et-Bellay

Une gestion des bords de chemin plus favorable depuis 2 campagnes.

Avec les agriculteurs structurés autour du GIEE « Agriculture et Biodiversité Autour de Tilloy et Bellay », Symbiose travaille sur le retard de fauche des bords de chemin qui est un élément de la trame verte de ce territoire. Plus de 160 km de bords de chemin sont recensés pour une surface de 3390 ha. Retarder la fauche permet au cortège floristique présent de fleurir (source alimentaire pour les pollinisateurs et l’avifaune : consommateur d’insecte) voire de monter à graine (source alimentaire pour l’avifaune).
Avec l’accompagnement de Symbiose en 2017 et 2018, les agriculteurs du GIEE ont eu des pratiques favorables (absence de fauche à minima entre fin avril et moisson) sur 60 % de linéaire de leurs bordures sans constater de dérive dans leur parcelle alors que les agriculteurs hors GIEE retardent les fauchages sur 20 % de leur linéaire.

Densifier la trame verte à l’intérieur de la parcelle

Pour la campagne 2019, le GIEE implantera 5 bandes intra-parcellaires. L’objectif est de les maintenir 2 ans. Une association à base de Phacélie, Tournesol et Sarrasin en option sera semée au printemps pour fournir une source alimentaire aux pollinisateurs. Ce mélange est enrichi à base de légumineuse pour la campagne 2020. En parallèle, d’autres bandes non déchaumées seront mises en place à la récolte des céréales comme ressource alimentaire de l’avifaune. Certains laisseront aussi quelques zones non récoltées.

Etude sur les pratiques et aménagements agricoles en faveur de la biodiversité

Marion Bézier, étudiante en Master Stratégie Périurbaine et Développement Durable, a rejoint Symbiose pour un stage de 6 mois pour réaliser une enquête auprès des agriculteurs de la Communauté d'Agglomération Châlons. Les questionnaires réalisés permettront d’identifier les pratiques agricoles favorables à la biodiversité mises en œuvre et les actions agro-écologiques engagées par les exploitants. Cette étude devra mettre en évidence les freins et les motivations des agriculteurs à la réalisation d’actions biodiversité et ce pour mieux accompagner les agriculteurs dans des démarches collectives pour la réalisation d'aménagements à l'échelle d'un territoire.

Apiluz - Les déshydrateurs champenois souhaitent déployer l'expérimentation à plus grande échelle

Suite à l'expérimentation réussie menée par Symbiose, avec les partenaires Luzéal (usine de déshydration de luzerne), une quinzaine d’exploitants, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, et la FGSAM, sur le maintien de bandes de luzerne non-fauchées sur le territoire de Beine-Nauroy, les déshydrateurs champenois souhaitent poursuivre le projet Apiluz et le déployer sur un plus vaste territoire. Les déshydrateurs et les apiculteurs se sont réunis le 8 mars dernier pour établir un cahier des charges répondant aux besoins d’augmenter la ressource alimentaire des pollinisateurs lors de périodes critiques (de fin mai à fin juin), tout en limitant l'impact sur la production de luzerne déshydratée, tel que le salissement de la parcelle que peut générer la récolte tardive d’une luzerne de première année. L’enjeu du déploiement de ce projet, afin qu’il soit bénéfique à l’ensemble de l’agriculture champenoise, est aujourd’hui de trouver le financement permettant une généralisation du projet prévue en 2020.

Symbiose continue d'exporter son modèle

L’association Symbiose séduit d’autres territoires… Son fonctionnement en mode projets, sa diversité de partenaires, son cadre de référence basé sur le volontariat, le collectif et la notion de territoire sont des axes de travail appréciés par des acteurs qui souhaitent agir en faveur de la biodiversité sur leur département.

Il est incontestable qu’une dynamique s’est installée dans notre pays… Symbiose Allier en 2015, Symbiose Oise en 2018. La Somme et l’Hérault seront peut-être en forme Symbiose en 2019 ! D’ici là, c’est à Moulins que se déroulera le premier séminaire des Symbiose de France.

Sol Agro Innovation, nouveau membre de Symbiose

 Sol Agro Innovation est une association créée en 2015 par des agriculteurs passionnés d’agronomie et tournés vers l’agriculture de conservation. Leur ambition est de redonner au sol le premier rôle dans la production végétale. Le sol est considéré non pas comme un support de culture, mais comme un milieu vivant. Le protéger améliore son fonctionnement, restaure ou augmente la fertilité. L'activité biologique remplace alors le travail mécanique considéré comme perturbateur de la structure et des équilibres. L’agriculture de conservation va plus loin que les TCS, techniques culturales simplifiées. Elle repose sur 3 axes majeurs : abandon du travail du sol, couverture permanente du sol, rotation longue.

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La biodiversité en Champagne-Ardenne

Une rubrique pour mieux comprendre et connaître la biodiversité de notre territoire.

Les oiseaux des plaines face à l’hiver

En ce début de printemps les conditions météorologiques plus clémentes nous feraient presque oublier celles de l’hiver qui vient de s’écouler qui rime avec temps maussade et températures glaciales. Des conditions peu engageantes pour s’aventurer à l’extérieur. Si nous jouissons de la chaleur de nos intérieurs et de la profusion de nourriture stockée dans nos réfrigérateurs, il n’en est pas de même pour les espèces qui peuplent l’espace rural. 
Si l’on se penche sur le cas de la gente ailée on se rend très vite compte que la situation est plutôt complexe. Si beaucoup d’oiseaux migrent vers des régions plus clémentes, certaines espèces sédentaires bravent le froid. Point de doudoune mais un épais duvet couvert d’un plumage dont la propreté et l’intégrité font l’objet de toutes les attentions.

A l’instar de nombreuses espèces d’oiseaux de plaine cette Bergeronnette grise (Motacilla alba) prospecte les labours afin de dénicher des larves et des vers.
©J. MIROIR-ME 2018

L’oiseau dispose aussi d'un système élaboré de thermorégulation en hiver. En effet, pour conserver plus de chaleur, il gonfle son plumage. Cette action lui permet d'augmenter l'air entre ses plumes et sa peau, ce qui agit ainsi comme un isolant, mais cet effort lui fait dépenser de l’énergie. Merveille d’adaptation, le plumage à beau être un bon isolant, il n’empêche pas les déperditions de chaleur. Aussi, avec le froid l’oiseau doit emmagasiner un maximum de calories. Or plus l’hiver avance et plus la nourriture disponible se raréfie et cette situation est encore plus accentuée en présence de neige ou durant une période de gel prolongé.

La recherche de nourriture est une activité très consommatrice en énergie et les journées hivernales sont bien courtes. L’oiseau doit donc disposer de ressources abondantes et diversifiées afin de pallier leurs exigences métaboliques. Pour ce qui est de leurs besoins, les oiseaux peuvent arbitrairement être répartit en trois catégories en fonction de leur régime alimentaire : les granivores, les carnivores chassant principalement des vertébrés et les insectivores. Les granivores ont un bec court et solide, qui leur permet de décortiquer les graines. Les carnivores ont un bec robuste adapté au type de proie chassé. Les insectivores ont un bec long, pointu et relativement fin. Comme leur nom l’indique il se nourrissent préférentiellement d'arthropodes, de vers et de mollusques mais de dédaignent pas ponctuellement les baies et les petites graines sèches.

Chacun l’aura compris, l’oiseau doit trouver la ration quotidienne dont il a besoin pour survivre et maintenir sa température constante et c’est à ce niveau que l’aménageur avertit peut leur donner un coup de pouce : Laisser le plus longtemps possible en place des bandes de chaumes ou de céréales non récoltées, maintenir des friches et des bandes enherbées gérées par le biais d’une fauche tardive, favoriser localement la présence d’emprises dégagées présentant une végétation rase mais aussi maintenir et/ou créer un maximum de petits éléments structurants au sein de la plaine (bosquets, buissons, talus et lisières de forêts). Enfin, il est essentiel de garder à l’esprit que la présence des « mauvaises herbes » présentes au sein et en marge des parcelles est vitale pour de nombreuses espèces dont une grande part des oiseaux de plaine qu’elle soient insectivores ou granivores.

En début d’hiver, les graines d’adventices constituent l’une des principales sources de nourriture exploitée par les petits granivores tel ce Serin cini (Serinus serinus)
©J. MIROIR-ME 2018

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A vos agendas...

Avril 2019 :

• Plantation de Haie à Tilloy-et-Bellay avec la participation d'élève de la MFR de Auve et du Lycée Agricole de Somme-Vesle, le 5 avril 2019 Attention changement de date!

• Entretien des aménagements du Parcours Découverte de la Biodiversité à Berru et démonstration du Sem'Obord, le 12 avril 2019

Mai 2019 :

• Rencontre des Symbioses à Moulins, le 27 mai 2019

Juin 2019 :

• Assemblée Générale de Symbiose à Tilloy-et-Bellay, le 4 juin 2019

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