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n°19

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Edito

Par Jean-Baptiste Prévost, agriculteur référent pour le projet Trame Verte Sud Marne

 

Une Trame Verte pour le Territoire par le Territoire

Le Grenelle de l'Environnement de 2007 a proposé d’instaurer à l'échelle nationale le concept de Trame Verte. Un travail colossal a alors été engagé aussi bien côté administration que représentants des territoires sur le sujet : des cartes de toute échelle se sont vues passer au feutre pour que soit mis sur plan le vœu parisien de corridor écologique. Nombre d'années ont passé et le dossier transmis aux magistrats des 32 000 communes françaises n'a guère avancé, ces derniers étant dépourvus d'explications pour la mise en œuvre sur le terrain et surtout d'accompagnement technique.

En septembre 2018, suite à une conférence organisée par Symbiose, des élus du Sud Marnais lancent l'idée de reconquête de la biodiversité sur leur territoire. Symbiose avec sa volonté de pragmatisme, ses partenaires techniques et son retour d'expériences terrain notamment sur le territoire de Tilloy Bellay, a été naturellement missionnée. Après deux années de travaux et de réflexions commenceront cet automne ou cet hiver, les premiers semis et plantations du maillage de demain (bande tampon bouchon, bande intra-parcellaire, jachère mellifère, semis de bord de champs, ... ). Ce dessein de trame verte nous arrivant de l'autre côté du périphérique parisien sera d'autant mieux accepté par les agriculteurs qu'il sera co-construit par eux.

En répondant à la problématique Trame Verte pour les administrés, le projet ambitieux de Trame Verte Sud Marne nous semble pleinement répondre aux enjeux sociétaux, environnementaux et agricoles de demain.

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L'actualité de l'association

Changement d’animateur Symbiose

Après neuf ans passés à l’Adasea et presque huit ans en tant qu’animateur de Symbiose, Alexis Leherle a quitté ses fonctions pour s’installer sur l’exploitation familiale dans le sud-ouest marnais. Le 6 juin dernier, Isabelle Kouamo a intégré l’Adasea en tant qu’animatrice biodiversité (Symbiose et Epiterre) pour prendre le relais.

Pour la contacter : 07 77 32 75 90 ou contact@symbiose-biodiversite.com

 

Focus sur le CPIE Sud Champagne, membre de Symbiose

Le CPIE Pays de Soulaines, qui s’appelle maintenant CPIE Sud Champagne depuis mars dernier, est membre de Symbiose depuis 2019 et partenaire du projet Sud Marne (ex projet Haussimont). Un CPIE est une association qui agit dans deux domaines d'activités en faveur du développement durable : l'accompagnement des territoires au service de politiques publiques et de projets d'acteurs, et la sensibilisation et l'éducation de tous à l'environnement. L’objectif du CPIE Sud Champagne, qui comprend 19 collaborateurs, est la préservation du patrimoine naturel et culturel via trois types d’actions : chercher (études d'écologie appliquées et recherches fondamentales), développer (assemblage de compétences locales pour préserver et promouvoir le territoire) et transmettre (animation, encadrement et suivi pédagogique d'opérations concernant l'environnement naturel et le patrimoine humain). Le CPIE possède également un centre de soins pour accueillir la faune sauvage blessée. Ses actions se situent dans un rayon de 100 km autour de Soulaine Dhuys (Aube), soit l’Aube, la Marne, la Haute-Marne et un peu la Meuse et les Ardennes. « Nous avions déjà travaillé avec Symbiose dans le cadre d’un projet éolien en limite des Ardennes », souligne Stéphane Bellenoue, son directeur. « Notre zone de travail est un territoire agricole. Devenir membre d’une association comme Symbiose dont l’objectif est de développer la biodiversité via les agriculteurs était logique. »

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L'avancée des projets

 

Trame Verte Projet Sud Marne

Démarré en septembre 2018, le territoire du projet Sud Marne comprend 200 agriculteurs sur 10 communes qui se côtoient déjà autour d'une infrastructure centrale, l'Europort de Vatry. Un inventaire des éléments déjà en place a été réalisé au départ par les agriculteurs. L’objectif est d’y greffer à l’avenir d’autres aménagements de biodiversité. Chacun pourra choisir ceux avec lesquels il se sent le plus à l’aise parmi toutes les solutions possibles.

Le territoire a ensuite été découpé en trois zones avec un animateur par zone : Sylvain Duthoit de la chambre d’agriculture pour la zone de Lenharrée-Vassimont-Haussimont-Monteproux-Sommesous Ouest, Solène Allart de la FDC51 pour la zone Soudron-Vatry, et Stéphane Bellenoue du CPIE Sud Champagne pour la zone de Bussy-Lettrée-Dommartin-Lettrée-Soudée-Sommesous. La cartographie des aménagements existants a été mise à jour. Le 11 juin dernier, une dizaine d’agriculteurs ont participé à une rencontre organisée par Symbiose à Tilloy et Bellay. Objectif : voir sur le terrain les réalisations des agriculteurs de ce territoire (bords de chemin, bande intra-parcellaire, bande de luzerne, haie…). Ils ont également pu échanger sur les pratiques à mettre en œuvre avec Jean Marie Delanery (agriculteur à Tilloy et Bellay et pilote du projet sur sa zone), Sylvain Duthoit (chambre agriculture de la Marne) et Solène Allart (Fédération des chasseurs). Symbiose vient de candidater auprès de l’Office Français de la Biodiversité pour subventionner des aménagements et impulser une dynamique intercommunale.

Trame Verte Projet Tilloy et Bellay

Les agriculteurs du projet ont rencontré Sylvain Duthoit le 17 février pour faire le point sur les pratiques mises en œuvre ou pas, les difficultés rencontrées et les solutions possibles. Ils se sont également donnés un objectif pour les trois mois à venir. La rencontre de printemps, initialement prévue fin avril, a eu lieu le 26 mai sur le terrain. Objectif : faire le tour des aménagements chez les uns et les autres.

Pour cette année, l’objectif du projet Trame Verte sur Tilloy et Bellay est d’adapter les pratiques sur l’ensemble de l’exploitation et non plus uniquement sur des tronçons de 1 000 mètres. Pour les aménagements intra-parcellaires, l’objectif est de développer les bandes mellifères ainsi que des bandes de chaumes dans les Cipan non travaillées après la récolte. 

 

Projet Apiluz

L’ambition est de répondre à l’enjeu de la ressource alimentaire, trop faible entre juin et fin août pour les abeilles, en laissant des bandes de trois mètres de luzerne non fauchées. Symbiose poursuit le projet et est en recherche de financements pour pouvoir l’élargir à l’échelle régionale sur les 51 000 ha de luzerne, soit 300 000 €. 

 

 

Projet Agrapi

Après trois années d’expérimentations dans la Marne, la FNSEA et l’UIPP (qui avaient lancé le projet Agrapi sur 5 sites sur le territoire national), ont suspendu en 2020 le recueil de données afin de se concentrer sur l’analyse des résultats. Les premiers résultats montrent que les résidus de substances phytopharmaceutiques détectés dans le pollen et dans le miel sont très faibles comparés aux valeurs toxicologiques de référence pour les abeilles. Les contaminants les plus souvent observés sont issus d’acaricides utilisés en apiculture pour lutter contre le Varroa, dont certains probablement présents dans les cires, voire des polluants non phytos comme un résidu de diesel autrefois utilisé comme répulsif oiseau.

De son côté, Symbiose souhaite poursuivre ce projet afin de valoriser le projet Trame Verte. Le suivi du poids des ruches et ponctuellement des pollens récoltés de deux ruchers appartenant à Jean-François Maréchal, apiculteur, un sur Tilloy et Bellay (territoire avec trame verte) et un dans l’Argonne, permet de comparer la production des deux sites afin de mesurer l’impact de la trame verte.

 

Projet Nichoirs

L’objectif du projet serait d’installer différents types de nichoirs en fonction du public cible : nichoirs à rapaces près des bâtiments agricoles, nichoirs pour des espèces plus petites pour les agriculteurs disposant déjà de haies ou de bouchons de plus de dix ans et nichoirs à passereaux, hirondelles ou chauves-souris aux abords des habitations des particuliers. Pour ces derniers, l’objectif est dans un premier temps de passer par les communes pour les sensibiliser sur l’installation de nichoirs. L’idée est de créer un élan collectif au sein d’un territoire ayant déjà des aménagements pour la biodiversité ou souhaitant en installer.

 

Projet Epiterre-Medef 

Pour assurer une partie de la compensation carbone de son université d’été 2020 qui a eu lieu les 26 et 27 août derniers, le Medef a choisi Epiterre. Ce collectif environnemental (FNSEA et Imagin’Rural) offre aux entreprises et collectivités la conception et la mise en œuvre de partenariats locaux avec des agriculteurs pour produire des services environnementaux. Il permet de relocaliser sur tout le territoire français les actions des entreprises en faveur de la biodiversité et de l’environnement. Le Medef va ainsi financer un projet d’implantation de quatre kilomètres de haies autour de parcelles cultivées dans la Marne. Epiterre a choisi Symbiose pour cette réalisation. Avec ce dispositif, qui se déploiera sur quatre ans,il s’agira à la fois de capter et stocker du carbone, mais aussi de favoriser la biodiversité du milieu agricole : une manière efficace de lutter contre les effets du changement climatique et de donner de la visibilité et de la valeur aux services environnementaux rendus au quotidien par les agriculteurs. Le 25 novembre prochain, Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF est invité dans la Marne pour planter le premier kilomètre de haie. Avec ce premier pas, le Medef espère que d’autres structures s’engageront dans la restauration de la Trame verte en finançant l’implantation d’éléments de biodiversité.

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Intervention de Jean-Bernard Guyot sur l’agroforesterie

Lors du comité de pilotage du 12 mars 2020, Jean-Bernard Guyot, agriculteur agroforestier à Sommepy-Tahure, est intervenu sur le thème de l’agroforesterie. Cette pratique associe des cultures et des bandes enherbées de deux mètres de large à base de graminées type fétuque sur lesquelles sont implantés des arbres pour du bois d'oeuvre (type noyer, merisier...), ou pour des plaquettes de chauffage. L'intérêt est également de se créer un capital à long terme. D'un point de vue agronomique, les plantations apportent de la matière organique au sol (30 à 40% des racines meurent tous les ans) et régulent l'eau grâce aux racines. Côté biodiversité, les bandes enherbées peuvent constituer des refuges pour les auxiliaires et la petite faune de plaine, et les arbres des nichoirs pour l'avifaune. Jean-Bernard Guyot, qui a 22 ha en agroforesterie, a créé l’association Agroforesterie Nord-Est en décembre 2019 avec l'appui de la chambre d'agriculture des Ardennes. L’objectif de cette association est de travailler sur les techniques de production en agroforesterie, de permettre des échanges techniques entre les adhérents, et de rechercher des financements pour développer et promouvoir cette technique. L’association compte actuellement une vingtaine d’adhérents des Ardennes, de la Marne mais également des départements limitrophes..

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La biodiversité en Champagne-Ardenne 

 

Une rubrique rédigée par Jérémy Miroir

pour mieux comprendre et connaître la biodiversité de notre territoire.

 

Pucerons : des bestioles pas si banales que cela !

Les pucerons s’attaquent aux plantes les plus diverses, arbres, arbustes ou plantes herbacées en introduisant leur rostre dans des tissus végétaux ciblés afin d’en prélever la sève. Suivant les espèces, ils spécialisent leurs attaques à un ou plusieurs organes de la plante (feuilles, tiges, bourgeons, racines) et sont susceptibles de leur nuire. Avant de percer les tissus végétaux, les pucerons en explorent la surface au moyen des soies apicales du rostre. Une fois le point d’insertion trouvé, la gaine du rostre se rétracte afin de permettre l’insertion du stylet. Le tissu percé, des sécrétions salivaires sont projetées dans le canal salivaire.

 Un parasite manipulateur

Les pucerons sont des insectes phloémophages comme les cochenilles et les aleurodes par exemple. Ils se comportent, dans la majorité des cas, comme des parasites. L’injection de secrétions salivaires de différents types (secrétions gélifiantes et liquides) parallèlement à l’introduction du stylet permettrait de contourner les défenses de la plante hôte. Mais ces sécrétions permettraient aussi de manipuler physiologiquement les tissus de la plante afin de modifier la composition de la sève élaborée (augmentation du taux d’acides aminés circulant et de glucides). Ces modifications s’effectuent aux dépens des autres tissus de la plante hôte. 

Une nuisibilité multi-origine

Tout d’abord, ils consomment la sève élaborée circulant dans le phloème des plantes et privent ainsi ces dernières de substances nutritives essentielles à leur développement. Cela affaiblit la plante et provoque un déséquilibre métabolique qui induit un dessèchement des pousses, des déformations, une décoloration, voire une chute prématurée des feuilles. La défoliation influence la santé de la plante mais, en système agri-viticole, conditionne aussi la quantité et la qualité de la récolte. Les pucerons introduisent aussi des toxines dans la plante, pouvant être néfastes pour son développement.

Le miellat sécrété par les pucerons (mais aussi par les cochenilles, aleurodes, cicadelles et psylles) favorise également le développement de plusieurs types de champignons appelé « fumagines » ou «moisissures fuligineuses ». Les fumagines, qui ressemblent à une couche de suie déposée sur les feuilles, sont constituées par les hyphes des champignons. Lorsqu'elle est trop abondante, la fumagine réduit la photosynthèse et peut provoquer une asphyxie des feuilles de la plante attaquée. Elle ralentit la croissance et peut affecter le rendement.

Les pucerons sont également vecteurs de virus, induisant des perturbations physiologiques plus ou moins nocives au sein des plantes. Les générations ailées peuvent transmettre plusieurs virus d’une plante malade à une plante saine en seulement quelques secondes. On soulignera que plusieurs de ces viroses ne disposent d’aucun remède et peuvent compromettre la totalité d’une récolte. La gestion des phases de pullulation est très complexe et finit souvent par un recours à des insecticides. Le point essentiel en période normale est d’agir avec discernement afin de s’assurer du maintien d’une régulation naturelle efficace et constante.

Un insecte important pour l'écosystème

Indésirable dans les jardins et les cultures, les pucerons n’en demeurent pas moins des insectes ayant leur importance dans l’équilibre des écosystèmes. Il s’agit en premier lieu de proies essentielles au maintien et à la dynamique de nombreuses espèces de prédateurs. Comme nous l’avons vu, des interactions existent entre les pucerons et d’autres organismes (insectes, champignons, virus…) contribuant à la richesse et à la complexité des cycles naturel

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A vos agendas...


Septembre 2020 :

14 septembre (9h à 12h) : Comité directeur de Symbiose à Reims à la Maison des agriculteurs - 2 rue Léon Patoux.

21 septembre (9h à 12h) : AG de Symbiose à Châlons-en-Champagne au couvent Sainte Marie - 2 bis rue de Jessaint.

Octobre 2020 :

2 octobre (9h30 à 12h) : Comité de pilotage de Symbiose à Reims à la Maison des agriculteurs - 2 rue Léon Patoux.

 

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