Newsletter n°1

 


Juillet 2012

Edito

Par Hervé Lapie, président

La création de l'association Symbiose, le 7 mars 2012, a marqué une étape dans la construction de la biodiversité en Champagne Ardenne.

Face aux enjeux de la biodiversité, l'une des clefs de la réussite est la mobilisation de l' ensemble de la société. C'est dans cet esprit que nous avons construit l' association.

En effet, le choix de l'organisation repose sur l'ouverture avec une diversité d 'acteurs tant au comité directeur qu'au comité de pilotage.
Cette diversité doit être une richesse dans l'acquisition de connaissances, de références scientifiques et agronomiques, mais aussi une richesse qui permet aux différents acteurs de mieux se connaître et d'échanger pour partager des objectifs communs.

Depuis quatre mois, nous sommes au travail afin de parfaire l' organisation de l' association et répondre à l'objectif principal qui est celui d'approcher les acteurs locaux afin de les accompagner sur des projets cohérents, efficaces et concertés sur un territoire.

Au vu des demandes et des attentes constatées depuis la création de l' association, nous sommes confiants dans la réussite de nos projets, qui permettront de recréer du lien entre la profession agricole et viticole, les associations environnementales, nos communes rurales et la ville de Reims.

Il faut trouver des intérêts convergents pour les occupants d'un territoire basé sur le volontariat et l'expérimentation.

Actualité de l’association

Symbiose s’expose au Salon du mouton

La Fédération des chasseurs, Vivescia, FARRE, la FDSEA, les JA, le Réseau biodiversité pour les abeilles et Coop de France déshydratation étaient réuni sous la banderole Symbiose pour communiquer sur la biodiversité lors du salon du mouton de Sommepy-Tahure le 27 mai dernier. Cette manifestation a permis à l’association de faire connaître l’association au grand public et aux agriculteurs.

Une fleur rare découverte sur le territoire d’étude de Symbiose

Jérémy Miroir, chargé de mission Symbiose au Conservatoire botanique national, a repéré une station de Sisymbre sagesse dans une jachère située sur le territoire d’étude. Il s’agit d’une plante très rare dans nos régions et cette station serait la plus importante du Bassin parisien. Contacté par Jérémy, l’exploitant de la parcelle a accepté de laisser la jachère en place là où le sisymbre est présent. Une partie des graines sera récoltée pour être conservée par le muséum d’histoire naturelle.

Rencontre avec Entreprises Pour l’Environnement

Plusieurs membres de l’association Entreprises Pour l’Environnement (EPE) sont venus visiter le territoire d’étude de Symbiose le 7 juin dernier. EPE est une association d’une quarantaine d’entreprises françaises et internationales (EDF, Total, ArcelorMittal, Air France, PSA Peugeot Citroën, Renault…) engagées à travailler ensemble pour mieux prendre en compte l’environnement dans leurs stratégies et leurs gestions courantes.

A l’occasion de cette visite, ils ont pu découvrir les différents aménagements mis en place par les agriculteurs en faveur de la biodiversité. Des contacts ont été pris et une deuxième visite terrain avec un volet urbain va être programmé prochainement.

Un projet collectif d’aménagement du territoire à Vaudesincourt

Les agriculteurs des communes de Vaudesincourt et Aubérive ont décidé de construire ensemble un projet d’aménagements au sein de leur plaine, pauvre en éléments fixes du paysage.

Ainsi, plusieurs haies, bouchons et bandes tampons bouchons seront implantés en automne.

Les habitants d’Epoye découvrent la biodiversité de leur commune

Le 12 juillet, les habitants d’Epoye et des communes alentours ont pu découvrir la faune et la flore locale à l’occasion d’une sortie sur le terrain animée par Jérémy Miroir et Didier Genevois de la Ligue pour la protection des oiseaux. Cette sortie a été organisée à l’initiative de Bernard Maloiseaux, agriculteur à Epoye.

Un projet de parcelle pédagogique

Une parcelle regroupant les différents aménagements proposés par Symbiose sera implantée cet automne. Ce projet a été initié par Vincent Godin, agriculteur à Berru, qui souhaite participer activement à l’association en mettant une parcelle de 25 ares à disposition.

Cette parcelle permettra aux exploitants agricoles de comparer les différents aménagements possibles et pourra servir de parcelle pédagogique pour les écoles.

La biodiversité en Champagne-Ardenne

Une rubrique  pour mieux comprendre et connaître la biodiversité de notre territoire. 

Evolution de la couverture végétale en Champagne crayeuse durant les périodes historiques

Extrait du diagnostic du territoire Symbiose

La Champagne crayeuse est la région naturelle qui a subi les plus grands bouleversements écologiques au cours du XXème siècle.

La Champagne crayeuse est une région naturelle, homogène du point de vue géologique, comprise entre la côte  de Champagne à l'est et la côte d'Ile-de-France à l'ouest, sur environ 6 600  km². La Champagne crayeuse est  actuellement caractérisée par un paysage dominé par de vastes champs, étalés sur de basses collines modelées dans la craie, à peine perceptibles vers l'ouest et un peu plus marquées à l'est. Les sols sont assez minces, mais se travaillent aisément et les sols crayeux incorporent relativement bien les engrais tout en conservant une certaine humidité. 

Ces caractéristiques font que la Champagne crayeuse fournit d'excellentes conditions à la culture des céréales, de  la luzerne, voire de la betterave à sucre et de la pomme de terre. Toutefois, si l’on s’intéresse à l’évolution des couverts végétaux durant les périodes historiques, on remarque que cette région a plusieurs fois changé de  visage. La compréhension du lien étroit, qui unit l’histoire et les activités humaines à l’évolution de territoires est  essentielle pour une meilleure analyse de l’environnement actuel.  

L’évolution de la végétation en Champagne crayeuse a toujours été un sujet de controverses pour les phytogéographes du fait de la quasi-absence de végétation « naturelle » dans la région, résultat d'un défrichement  extrêmement  précoce. Dés le Néolithique, de petites structures agraires apparaissent sur les territoires les plus favorables.                               

  • Du Moyen-Age jusqu’au milieu du XIXème siècle, la structure agraire de la plaine crayeuse s’ordonne selon un assolement faisant alterner des périodes de cultures pauvres (trios) et de savarts, où l’herbe est, rare mais d’excellente qualité, parcourus par les moutons.

    A cette époque, les savarts et les trios occupaient entre le quart et la moitié du territoire. En effet, seuls les abords des villages étaient mis en culture, faute de fumure, tout le reste était le domaine des savarts. Les villages sont en général étirés en forme de rue au bord des petites vallées, où se trouvaient des prés et de l'eau ainsi qu’à proximité des sources, nommées « sommes » dans le patois champenois. Quelques rares fermes s’isolaient au sein des savarts, parfois dépendant d'abbayes ; on les reconnaît au nom de « la Grange », « la Cense », ...

    La Champagne est alors un pays de savarts, terme champenois qui désigne de vastes pelouses calcaires  parcourues par les moutons. Ces espaces, largement dominants dans le paysage champenois, lui confèrent un aspect dénudé souvent critiqué, elle est d’ailleurs qualifiée à cette époque de «Pouilleuse» bien que ce terme puisse provenir d’une plante abondante dans ces savarts : le serpolet appelé également pouillot. La constitution  de ces vastes zones herbeuses sèches de la Champagne crayeuse est le produit de l'activité incessante et fluctuante de l'homme, et cela depuis le néolithique. 
  • Une certaine prospérité rurale semble avoir existé jusqu’au XVIIème siècle. L’activité agricole s’est ensuite dégradée.

    Les guerres, l’érosion des sols, la disparition des bois, le prélèvement effectué par les moutons sur les terres les plus éloignées ont accru les surfaces non cultivées.

    De plus, sous le second Empire, l’importation de laine d’Australie fit péricliter l’élevage. 

    La Carte de Cassini (vers 1750) montre que la région est très peu boisée ; la sylviculture est un fait aristocratique qui permet d’ailleurs de conserver quelques massifs en cette période marquée par une pénurie de bois. Le terme de «garenne» est alors attribué à ces bois de feuillus mis en réserve par une noblesse désireuse de poursuivre ses activités de chasse.

    Pour pallier à la baisse de rentabilité de l’élevage ovin et disposer de bois de mine et de chauffage, les plantations de Pins furent entreprises dès 1750. C’est vers le milieu du XVIIIème siècle, que furent réalisées les premières  plantations de Pins sylvestre, essence importée de la Forêt Noire.

    Les plantations de Pins couvrirent, malgré les coupes à la révolution et l’attaque des insectes, plus de 105 000 ha à la veille de la première guerre mondiale. Les savarts et les trios furent les premiers à être presque totalement  enrésinés. L’introduction des prairies artificielles contribua aussi à verdir le paysage champenois. 
  • Du XVIIIème au XIXème, la région passe d’une vaste zone dénudée, à une forêt que les cultures autour des villages trouent de clairières. 

    Le rendement du Pin sylvestre étant décevant, le Pin noir d’Autriche, essence mieux adaptée à la Champagne, est implanté massivement à partir de 1850, notamment dans le Nord-Est de la Marne. L’extension des pinèdes se poursuivra jusqu’en 1950. 

    Durant la seconde guerre mondiale, l’abandon des pratiques traditionnelles (fauche des roseaux, pâturage) conduit à un embroussaillement accéléré puis à un boisement des parcelles de marais.

    Dès la fin de la seconde guerre, après s’être étendues en un manteau presque continu sur l’ensemble de la champagne, les pinèdes firent l’objet de défrichements massifs peu de temps après la seconde guerre mondiale.                                    
  • Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la Champagne crayeuse a subi une véritable révolution agricole. Le développement des moyens mécaniques a affranchi le cultivateur des contraintes de transport si cruciales auparavant. 

    A partir de 1950 est entrepris un défrichement soutenu pour mettre en valeur ces terres.  La mécanisation agricole et l’emploi des engrais permettent, en effet, d’obtenir de très bons rendements sur ces sols de craie.  L’extension des surfaces agricoles est alors fortement souhaitée et les remembrements travaillent dans ce sens par des modifications de parcellaires adaptées au nouveau contexte. Cette phase de déboisement massive  considérablement facilitée par l’utilisation des bulldozers  se déroule jusqu’en 1970 pour diminuer ensuite lorsque la réglementation se fait plus sévère.

    L’utilisation des engrais minéraux a permis de lever les facteurs limitant naturellement la production ainsi la Champagne «pouilleuse» et désertique du XVIIIème siècle est devenue l’une des premières régions agricole françaises.

 Jérémy Miroir

La parole aux membres de l’association

L’actualité des organismes membres de Symbiose

FARRE lance le programme BiodiversID : construire des indicateurs de biodiversité

Un double réseau d’exploitations agricoles pour identifier les indicateurs de biodiversité les plus pertinents et agir pour conjuguer agriculture et biodiversité.

A l’heure où la réforme de la Politique Agricole Commune est en discussion au Parlement Européen, l’intégration de la biodiversité dans l’agriculture est aujourd'hui un enjeu majeur. Pour relever ce défi de l’agriculture durable, il est indispensable de s’appuyer sur des indicateurs pertinents et partagés par l’ensemble des parties prenantes. Aucune politique ne peut en effet être légitimée et voir son efficacité mesurée sans indicateurs. Alors que des initiatives ont pu voir le jour ici ou là ces derniers mois, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, FARRE (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement) et BASF Agro lancent le programme BiodiversID (prononcez : biodivers’idées !).

L’objectif n’est pas de travailler sur de nouveaux indicateurs mais bel et bien d’identifier les plus pertinents pour un aménagement cohérent du territoire de l’exploitation. Le programme vient d’achever sa première phase qui a consisté à mener une analyse partagée des indicateurs et protocoles existants.

Enjeu : mettre en avant leurs avantages et inconvénients respectifs. Les premiers partenaires de BiodiversID (agriculteurs, coopératives, négoces, instituts techniques, associations…) ont également signé la Charte d’Engagement. Concrètement, dès cette année, BiodiversID compte plus de quarante exploitations agricoles et en espère le double d’ici 2014. Il s’agit d’un double réseau de fermes puisqu’il comprend un réseau d’expérimentation (fermes pilotes) complété par un réseau de vulgarisation.

BiodiversID entend évaluer les politiques publiques agro-environnementales en matière de biodiversité, tout en proposant aux partenaires et agriculteurs des conseils pour la mise en place opérationnelle d’une stratégie d’agriculture durable sur leurs exploitations. Il est en effet primordial de démontrer que l’on peut conjuguer agriculture économiquement rentable et biodiversité. BiodiversID, c’est donc un réseau national d’acteurs volontaires, véritables observateurs de la biodiversité sur nos territoires.

La complémentarité entre BiodiversID et Symbiose tient dans l'objectif des deux programmes l'appropriation de la biodiversité par les acteurs principaux des paysages, LES PAYSANS. Le premier par l'observation et le comptage d'éléments de la biodiversité et le deuxième par l'échange et la construction de trames écologique sur le territoire.

Benoît Collard,
Président de FARRE 51,
Secrétaire général de Symbiose